Lucidure
Je suis l'homme debout dans le ventre de la nuit mouillée,
Celle qui rampe et colle et sait par où les chairs cèdent,
Ses doigts de poix s'enfoncent sous les tempes, procèdent
Par l'intérieur, rongeant ce que la volonté possède,
O nuit, tu n'es pas belle, tu es chimique et grasse,
Tu exsudes sous les portes, tu stries le plafond blanc,
Tu travailles la nuque des hommes trop longtemps vaillants
Jusqu'à ce que leur volonté se fissure et se fracasse.
Mais moi je suis le voyant de ma propre insomnie,
J'ai les yeux grands comme des plaies ouvertes sur le vide,
Je lis dans le silence les hiéroglyphes livides
Que la nuit grave à même les murs de mon agonie.
Elle croit que je tremble, oui, je tremble et je résiste,
Ce n'est pas contradictoire : la bête sent le piège
Et tient son souffle ras, tendue comme un sortilège,
Mâchoire serrée sur l'air, présence qui persiste.
Ma
... show moreLucidure
Je suis l'homme debout dans le ventre de la nuit mouillée,
Celle qui rampe et colle et sait par où les chairs cèdent,
Ses doigts de poix s'enfoncent sous les tempes, procèdent
Par l'intérieur, rongeant ce que la volonté possède,
O nuit, tu n'es pas belle, tu es chimique et grasse,
Tu exsudes sous les portes, tu stries le plafond blanc,
Tu travailles la nuque des hommes trop longtemps vaillants
Jusqu'à ce que leur volonté se fissure et se fracasse.
Mais moi je suis le voyant de ma propre insomnie,
J'ai les yeux grands comme des plaies ouvertes sur le vide,
Je lis dans le silence les hiéroglyphes livides
Que la nuit grave à même les murs de mon agonie.
Elle croit que je tremble, oui, je tremble et je résiste,
Ce n'est pas contradictoire : la bête sent le piège
Et tient son souffle ras, tendue comme un sortilège,
Mâchoire serrée sur l'air, présence qui persiste.
Ma lucidure n'est pas une vertu, c'est une plaie vive,
Un œil qu'on force à voir ce que l'obscure dissimule,
La nuit a ses sacrements, ses huiles, ses ampoules,
Moi j'ai mes paupières clouées et ma peur qui dérive.
Je ne dors pas, je suis le guetteur de ma propre chute,
Debout sur le rebord d'un gouffre que je ne nomme pas,
L'aube viendra ou non, peu importe le combat,
Ce qui compte : que la nuit sache que rien ne se substitue
À cet entêtement d'homme nu contre le noir total,
Pas de victoire, pas de grâce, pas de chant d'oiseau faux,
Juste la durée brute, les ongles dans le bois, les os,
Et ce mot inventé pour la blessure : lucidural.
Didier Guy
#poème #poésie #VersSecrets